Présentation

    

La matière est une amie qu'il aborde avec une affection respectueuse. Rugosité du vieil acier brut, velours satiné de la tôle inox, piquant granulé du CorTen. Tout de suite, c'est la sensualité qui passe, au bout des doigts. Puis, entre l'homme et la matière, comme une onde s'installe. Mystérieuse. Promesse de plénitude pas encore apprivoisée. Mais approche prudente, sur le mode du tutoiement respectueux. Comme une vieille amitié qu'on aurait peur de heurter. Ce rapport de dompteur amoureux avec le métal, Raphaël Moulin le vit comme une seconde nature. Cela l'a pris il y a longtemps, dans le rugissant rougeoiement de la forge, lorsqu'il faisait ses gammes d'apprenti forgeron d'art. C'était dans le décor du Bourg de l'après 68. De ces années Bohème où tout est permis à condition d'inventer la vie, la mort, l'amour. C'est de là que lui vient cette certitude d'avoir trouvé son filon. La matière brute qui se plie et se refuse, la matière à qui l'homme apporte un supplément d'âme, le métal, ce sera la veine qu'il n'épuisera jamais. Trente ans d'approche timide et conquérante, cent exercices jamais gagnés d'avance, une longue marche en équilibre sur le fil ténu de la création. Cette frontière invisible qui veut qu'entre matière inerte et mouvement, il y ait juste le souffle patient, tenace, d'une volonté. Une forme, même la plus figée, n'est pas immobile dans le temps. Pas pour Raphaël qui croit que le sculpteur est là pour lui donner non seulement sa vraie place, mais aussi sa durée, dans l'espace. Temps et espace, inertie et mouvement, passage et éternité, des mots, des concepts contradictoires! C'est de cette apparente non-parenté, de cette tension, que Moulin tire l'éloquence de l'acier. Il suffit de rester un instant devant une oeuvre comme “Histoire de temps” pour se convaincre que le mouvement donné à la matière dans l'espace est un morceau d'éternité.

   

François Dayer / septembre 2004